LA PECHE A LA SARDINE
La pêche à la sardine dans le golfe de Gascogne a une histoire riche et mouvementée, intimement liée au développement économique et social des régions côtières, notamment en Bretagne, en Vendée, en Charente-Maritime et au Pays Basque.
Les débuts et l'âge d'or
XVIIe et XVIIIe siècles : La pêche à la sardine prend son essor au XVIIe siècle, notamment grâce à l'arrivée de pêcheurs espagnols (Maures) qui introduisent de nouvelles techniques, comme la pêche au filet droit. Cette activité devient une ressource économique majeure, faisant vivre de nombreuses familles. La conservation des sardines se fait alors par salage et pressage dans des barriques.
XIXe siècle : l'âge d'or des conserveries. L'invention du procédé de l'appertisation (la conserve) par Nicolas Appert au début du XIXe siècle révolutionne l'industrie. Les conserveries se multiplient sur tout le littoral atlantique, marquant un âge d'or pour la pêche à la sardine. Des villes comme Concarneau, Douarnenez, Saint-Gilles-Croix-de-Vie et les Sables-d'Olonne deviennent des centres névralgiques de cette industrie. Les sardines, désormais conservées à l'huile, acquièrent une renommée gastronomique. À cette époque, on observe une forte migration de pêcheurs, notamment bretons, vers d'autres zones comme le bassin d'Arcachon, attirés par les bancs de sardines.
Évolutions techniques et organisationnelles
Les bateaux : Initialement pratiquée à bord de chaloupes et de canots non pontés, la pêche s'adapte aux avancées technologiques. La construction du premier bateau à moteur par les chantiers Beneteau de Saint-Gilles en 1925 double les rendements. Le passage de la vapeur au diesel dans les années 1930 marque un nouveau développement.
Les techniques de pêche : Les pêcheurs utilisent des filets droits, mais la "bolinche" (une senne tournante) se popularise, en particulier en Bretagne et au Pays Basque. La pêche se pratique avec un appât, la "rogue" (des œufs de morue).
Les communautés : L'activité de la pêche à la sardine structure la vie des ports. Les marins-pêcheurs capturent le poisson, tandis que les femmes et les saisonniers, souvent des Bretonnes, travaillent dans les conserveries. Le travail dans les usines est rythmé par l'arrivée du poisson.
Déclin et renouveau
Le déclin au milieu du XXe siècle : Vers le milieu du XXe siècle, les sardines migrent vers des eaux plus chaudes, notamment en Espagne et au Maroc, en raison des changements de température. Cette raréfaction entraîne la fermeture de nombreuses conserveries dans le golfe de Gascogne dans les années 1950. Au Pays Basque, la pêche à la sardine cède la place à celle du thon.
Le retour et le renouveau : La pêche à la sardine est revenue en force dans le golfe de Gascogne depuis les années 1990. Aujourd'hui, l'activité est toujours présente, avec des initiatives visant à préserver la ressource et à valoriser le savoir-faire local, comme la conserverie Gendreau à Saint-Gilles-Croix-de-Vie, qui a obtenu le Label Rouge pour ses sardines.
Pour compléter la recherche sur l'histoire de la pêche à la sardine dans le golfe de Gascogne, il est essentiel de se pencher sur l'évolution des volumes pêchés, qui reflètent les grandes tendances économiques et écologiques de cette activité.
Les volumes avant le XXe siècle
Début du XIXe siècle : Il est difficile d'avoir des chiffres précis pour cette période, mais des estimations donnent une idée de l'ampleur de l'activité. Par exemple, vers 1820, on estime que la production annuelle de la pêche à la sardine en Bretagne s'élevait à environ 1,2 million de "milliers" de sardines. Le millier est l'unité de comptage de l'époque. Cela témoigne d'une activité déjà massive avant même le plein développement des conserveries. Une grande partie de ces volumes était destinée au salage ou à la vente en "vert" (fraîche).
L'âge d'or et les crises du XXe siècle
Début du XXe siècle : La pêche à la sardine est à son apogée. Les ports de Bretagne, notamment Douarnenez et Concarneau, sont les principaux centres de débarquement. La Bretagne représente à elle seule plus de la moitié de la production française.
Crises et rareté : Les volumes pêchés ne sont pas constants. La pêche à la sardine a toujours été sujette à des cycles de "bonne" et de "mauvaise" années, directement liés à la migration du poisson. Des crises importantes ont lieu, comme celle de 1902-1909, qui voit une raréfaction de la ressource. Cela entraîne des difficultés économiques majeures et le départ de nombreux pêcheurs.
Le cas du Pays Basque : Au Pays Basque, l'activité est également significative au début du XXe siècle. Les chiffres illustrent une forte croissance des captures sur une courte période : de 850 tonnes en 1921 à près de 4 821 tonnes en 1926, marquant l'importance du port de Saint-Jean-de-Luz pour cette pêche.
Le déclin des années 1950 : Le déclin de la ressource et les changements des courants marins dans les années 1950 provoquent une chute des captures, entraînant la fermeture de nombreuses conserveries et un effondrement des volumes débarqués dans l'ensemble du golfe de Gascogne.
L'évolution récente et la concentration
Retour de la ressource : Depuis la fin des années 1990, la sardine a fait un retour notable dans le golfe de Gascogne. Les volumes de pêche sont de nouveau significatifs, mais la structure de la filière a changé.
Ports et volumes actuels : L'activité s'est concentrée sur quelques ports majeurs. Aujourd'hui, la Bretagne représente environ 80% des débarquements français de sardine.
Saint-Gilles-Croix-de-Vie (Vendée) est un port emblématique de la pêche à la sardine. Cette espèce représente plus du tiers des volumes débarqués dans ce port, avec plus de 2 100 tonnes de sardines débarquées chaque année.
La Turballe et Saint-Guénolé sont également des ports très importants. En 1996, une étude montrait que La Turballe, Saint-Guénolé et Saint-Gilles-Croix-de-Vie produisaient à eux seuls 74% de la sardine débarquée dans le golfe de Gascogne.
Une pêche gérée : Contrairement au passé, la pêche à la sardine est désormais mieux gérée. Elle n'est pas soumise à des quotas européens, mais la flottille française pêche sur un stock distinct de celui pêché par les Espagnols et les Portugais. Des initiatives comme la certification MSC (Marine Stewardship Council) de la sardine de Bretagne Sud en 2010 visent à prouver sa durabilité et à garantir une gestion respectueuse de la ressource.
L'évolution des bateaux sardiniers dans le golfe de Gascogne reflète les progrès techniques et l'intensification de la pêche, passant de petites embarcations à voile à des navires modernes équipés de moteurs et de technologies sophistiquées.
Du XIXe siècle au début du XXe : L'ère de la voile et de l'aviron
Au début de l'âge d'or de la sardine, la pêche est une activité côtière et artisanale. Les bateaux utilisés sont de petites tailles et dépendent du vent et de la force humaine.
La chaloupe sardinière : C'est le bateau emblématique de la fin du XIXe siècle et du début du XXe, notamment en Bretagne. Il s'agit d'une embarcation à voile et à avirons, mesurant entre 6 et 10 mètres de long. Ces bateaux, pointus aux deux extrémités et gréés de voiles au tiers, sont robustes et très maniables.
Les canots et les cotres : Les pêcheurs emploient également des canots et des cotres, souvent plus petits que les chaloupes. L'équipage, composé de 3 à 4 marins, utilise des filets droits, dits "filets maillants dérivants". La pêche se pratique en entourant les bancs de poissons et en les ramenant à bord.
La Bolinche : Cette technique, aussi appelée senne tournante, est utilisée dès la fin du XIXe siècle, mais ne se généralise qu'après plusieurs décennies de controverse. Elle consiste à encercler le banc de sardines avec un filet et à le refermer par le bas à l'aide d'une corde, capturant l'intégralité du banc.
La mécanisation du XXe siècle
L'arrivée du moteur marque une rupture majeure, augmentant considérablement l'efficacité et la capacité des bateaux.
Le passage au moteur : Les chantiers navals de Saint-Gilles-Croix-de-Vie, notamment les chantiers Beneteau, sont parmi les premiers à équiper les bateaux de pêche de moteurs en 1925, doublant ainsi les rendements. Le diesel remplace le charbon dans les années 1930, rendant les bateaux plus autonomes et rapides.
Le développement des sardiniers-thoniers : Avec la raréfaction de la sardine et la diversification des espèces pêchées, des bateaux polyvalents apparaissent. Les thoniers-sardiniers sont conçus pour pêcher la sardine avec la bolinche, mais aussi le thon à la ligne. Ces navires plus grands (jusqu'à 22 mètres) et équipés de tangons et de viviers, deviennent la norme dans le golfe de Gascogne.
La pêche moderne
Aujourd'hui, la flotte sardinière est composée de navires spécialisés, souvent équipés d'électronique de pointe.
Le bolincheur moderne : Le bateau sardinier actuel est souvent un bolincheur. Il mesure entre 12 et 18 mètres, et est équipé d'un puissant moteur et de sonars pour détecter les bancs de sardines. La manœuvre de la bolinche est assistée par des systèmes hydrauliques. Ces bateaux sont également équipés de cales réfrigérées pour conserver le poisson dans les meilleures conditions.
Techniques de pêche : Les bolincheurs sont les bateaux les plus utilisés pour la sardine. La technique de la bolinche, aujourd'hui perfectionnée, permet de capturer rapidement de grands volumes, tout en restant une pêche relativement sélective.
En conclusion, la pêche à la sardine dans le golfe de Gascogne est une activité historique qui a profondément marqué l'économie, la culture et l'identité des ports de la façade atlantique française, évoluant au gré des techniques, des conditions environnementales et des marchés.